Les yeux de la femme russe : l'intensité du regard slave décryptée
Parmi tous les traits physiques qui composent le visage slave, les yeux occupent une place à part dans l'imaginaire collectif. Le regard de la femme russe — intense, pénétrant, parfois mélancolique — est devenu une sorte de signature culturelle, déclinée à l'infini dans la peinture, la littérature et, plus récemment, les réseaux sociaux. Mais que sait-on vraiment de la couleur, de la forme et de la profondeur de l'œil slave ? Et comment les femmes russes entretiennent-elles et mettent-elles en valeur ce regard qui fascine autant en France qu'ailleurs ?
Cet article s'attache à démêler le réel du mythe, à partir des données anthropologiques disponibles, des études de pigmentation oculaire et des témoignages de la culture russe contemporaine. Sans stéréotypes ni idéalisation excessive, mais avec la sensibilité nécessaire pour comprendre ce que les yeux slaves disent d'une histoire, d'un climat, d'une identité.
Couleur des yeux chez les femmes russes : statistiques et données
La question de la couleur des yeux dans les populations slaves est étroitement liée à la géographie et à la génétique des migrations. Les Slaves orientaux — Russes, Ukrainiens, Biélorusses — appartiennent à des populations où les allèles des gènes OCA2 et HERC2 favorisent statistiquement une pigmentation oculaire réduite. Résultat : les yeux clairs dominent, bien plus que dans les populations d'Europe méridionale ou du Moyen-Orient.
Les études de pigmentation les plus récentes menées sur des populations russes donnent une distribution approximative des couleurs : yeux bleu-gris ou gris (environ 40 à 50 %), yeux verts ou vert-noisette (20 à 25 %), yeux brun clair ou noisette (15 à 20 %), yeux brun foncé (10 à 15 %). Ces chiffres varient significativement selon la région : dans le Nord-Ouest de la Russie (Saint-Pétersbourg, Novgorod, Pskov), la prévalence des yeux bleu-gris peut atteindre 55 à 60 %, sous l'influence des populations baltiques et finno-ougriennes historiquement présentes dans cette zone.
Vers le sud — dans les régions de Krasnodar, Stavropol et les républiques du Caucase — la proportion d'yeux sombres augmente considérablement, reflet des brassages historiques avec les populations caucasiennes (Ossètes, Arméniens, Azerbaïdjanais). En Sibérie orientale, les communautés russophones mêlées de descendants de peuples autochtones (Bouriates, Iakoutes, Toungouses) présentent une pigmentation oculaire intermédiaire à foncée.
Ce qui reste frappant, dans les données disponibles, c'est la surreprésentation du bleu-gris dans la Russie centrale — la zone que les études anthropologiques soviétiques, notamment celles de Viktor Bunak, ont le plus souvent documentée. C'est aussi la région qui a fourni le canon esthétique de la femme russe dans l'art et la culture : le bleu-gris intense des portraits de Kramskoi, de Makovsky, des affiches de l'ère soviétique. Pour comprendre comment cette couleur s'intègre dans l'ensemble du le pur look russe et la morphologie faciale slave, un regard d'ensemble sur le visage slave dans son entièreté est indispensable.
La génétique des yeux clairs chez les Slaves orientaux est aujourd'hui bien documentée. L'allèle rs12913832 du gène HERC2, qui régule l'expression d'OCA2 (le principal gène de la couleur des yeux), est présent à une fréquence très élevée dans les populations slaves du nord. Des études publiées dans le Journal of Human Genetics et dans PLoS ONE confirment que les populations d'Europe du Nord-Est — Russes, Finlandais, Estoniens, Lettons — partagent une fréquence élevée de cet allèle, héritage d'une population ancestrale commune désignée sous le nom de « chasseurs-cueilleurs de l'Europe du Nord » (NHG).
Il convient de ne pas simplifier à outrance : la notion de « couleur des yeux » est elle-même plus complexe qu'il n'y paraît. Les yeux dits « gris » peuvent apparaître bleu-vert ou bleu-gris selon la lumière, la tenue vestimentaire et la taille de la pupille. Beaucoup de femmes russes aux yeux « gris » les décriront comme bleus ou verts selon le contexte. Cette variabilité contribue à l'impression de mystère et de profondeur souvent associée au regard slave.
La forme des yeux slaves : amande, inclinaison, distance inter-oculaire
Au-delà de la couleur, la forme de l'œil slave présente des caractéristiques morphologiques spécifiques que les anthropologues ont cherché à qualifier. Il ne s'agit pas de caricatures ni de généralisations absolues, mais de tendances statistiquement mesurables qui distinguent les populations slaves orientales d'autres groupes ethniques.
Le terme d'« œil en amande » est souvent utilisé pour décrire l'œil slave, mais il mérite une précision. L'amande slave est légèrement différente de l'amande d'Europe occidentale ou de l'amande est-asiatique. La fissure palpébrale — l'ouverture entre les paupières supérieure et inférieure — présente chez beaucoup de femmes slaves orientales une légère inclinaison vers le haut du coin externe (canthus externe), plus marquée que chez les Européens de l'Ouest, mais beaucoup moins prononcée que dans les populations est-asiatiques. Ce phénomène est parfois associé à la présence d'un léger épicanthus — un repli cutané au coin interne de l'œil — qui reste discret mais n'est pas rare.
Pour l'anatomie du visage de la femme russe dans son ensemble, les pommettes saillantes jouent un rôle crucial dans la perception de la forme des yeux : les pommettes hautes créent visuellement un effet de rehaussement du coin externe de l'œil, amplifiant l'impression de l'amande inclinée même lorsque la fissure palpébrale est relativement horizontale.
La distance inter-oculaire — l'écart entre les deux yeux — est un autre paramètre étudié. Les anthropologues slave notent une distance inter-oculaire légèrement supérieure à la moyenne européenne occidentale, ce qui contribue à l'expression particulière du regard slave : deux yeux relativement écartés créent une impression d'ouverture, d'espace, parfois d'étrangeté fascinante selon les canons de beauté français.
L'épaisseur et la forme des sourcils constituent un dernier élément morphologique important. Les femmes russes ont statistiquement des sourcils plus denses et plus fournis que les femmes d'Europe méridionale, avec une pigmentation souvent plus foncée que celle des cheveux — ce contraste entre les yeux clairs et les sourcils foncés crée précisément le jeu d'intensité visuellement saisissant qui caractérise le regard slave au premier coup d'œil.
Ces traits morphologiques, rappelons-le, sont des tendances statistiques et non des caractéristiques universelles. La diversité au sein de la population russe est immense : certaines femmes russes aux cheveux blonds platine ont des yeux d'un bleu clair avec des sourcils quasi invisibles, d'autres ont des yeux verts intenses avec des sourcils très marqués, d'autres encore des yeux noisette avec des sourcils noirs — reflet de l'extraordinaire mélange génétique qu'est la Russie contemporaine.
L'intensité du regard russe : d'où vient-elle ?
L'intensité du regard russe, si souvent évoquée, n'est pas un mythe. Elle est réelle — mais elle est le produit conjugué de facteurs physiques, culturels et psychologiques qu'il convient de démêler soigneusement pour éviter les raccourcis faciles.
Sur le plan purement physique, plusieurs éléments contribuent à cette intensité. D'abord, le contraste déjà mentionné entre yeux clairs et sourcils foncés : ce contraste attire l'attention sur les yeux et leur confère une présence visuelle immédiate. Ensuite, la légère inclinaison de la fissure palpébrale crée une impression de regard légèrement relevé, ce que les artistes et les photographes de mode désignent parfois comme un « regard en amande relevé ». Enfin, les yeux bleu-gris ou vert-gris capturent et reflètent la lumière d'une manière particulière, changeant de teinte selon l'éclairage et donnant une impression de profondeur changeante, presque liquide.
Sur le plan culturel, le regard en Russie a une signification sociale très différente de ce qu'on observe en France ou en Europe du Nord. Dans la culture russe, maintenir un contact oculaire direct et prolongé lors d'une conversation est un signe de sincérité, de respect et d'engagement. Les Russes — hommes et femmes — maintiennent généralement un contact oculaire plus soutenu que leurs homologues d'Europe occidentale, où un regard prolongé peut être perçu comme intrusif ou agressif. Ce phénomène culturel, bien documenté par les anthropologues et les spécialistes de la communication interculturelle, contribue énormément à l'impression d'intensité que les Français ressentent lorsqu'ils rencontrent une femme russe : ce n'est pas qu'elle les fixe, c'est qu'elle les regarde de la manière considérée normale dans sa culture.
Sur le plan psychologique et historique, enfin, certains chercheurs avancent que les hivers longs et sombres, l'espace immense des steppes et la tradition littéraire russe — où l'introspection et la mélancolie tiennent une place centrale — ont contribué à forger une expressivité faciale particulière, visible notamment dans le regard. Les romans de Dostoïevski, de Tolstoï ou de Tchékhov foisonnent de personnages dont les yeux expriment des états intérieurs complexes que les mots ne peuvent pas dire. Cette tradition de l'œil comme fenêtre sur l'âme (glaza — zerkalo dushi : les yeux, miroir de l'âme) est profondément ancrée dans la culture russe et influence la façon dont les femmes russes apprennent, dès l'enfance, à habiter leur regard.
Maquillage des yeux à la russe : codes et tendances 2026
Le maquillage des yeux a une longue histoire en Russie, qui remonte bien avant les années soviétiques. Les femmes russes du XIXe siècle utilisaient déjà le khôl importé d'Orient via les routes commerciales de la Volga, et les marchandes du bazar de Nijni-Novgorod proposaient des fards colorés fabriqués localement. Mais c'est l'époque soviétique qui a paradoxalement codifié le maquillage des yeux à la russe, en opposition aux idéaux de simplicité prolétarienne.
Dans la Russie des années 1960-1980, le maquillage des yeux était l'une des rares formes d'expression esthétique individuelle accessible aux femmes. Les films soviétiques de cette période — notamment les comédies musicales de Leonid Gaidaï et les drames lyriques de Mikhaïl Kalatozov — montrent des actrices aux yeux intensément maquillés, eye-liner noir appuyé, mascara épais, sourcils redessinés. Ce look, qualifié parfois de « glamour soviétique », a profondément marqué l'esthétique russe.
En 2026, le maquillage des yeux à la russe se décline selon deux grandes tendances qui coexistent. La première est le look « naturel slave » : les yeux sont sublimés par un mascara volumisant (souvent de la marque russe Vivienne Sabó, réputée pour ses formules enrichies à la kératine adaptées aux cils fins des yeux clairs), les sourcils sont brossés et légèrement définis, les paupières laissées naturelles ou rehaussées d'un fard neutre doré ou rose pâle. Ce look, dominant dans la Russie quotidienne post-2020, fait écho à la tendance mondiale du « no-makeup makeup ».
La seconde tendance est le look « soirée dramatique », encore très présent dans les grandes occasions, les fêtes de fin d'année (le Nouvel An russe est l'équivalent de Noël en termes de tenue soignée) et les cérémonies. L'eye-liner noir tracé avec précision sur toute la longueur de l'œil, l'ombre à paupières sombre (anthracite, bordeaux, prune), un effet smoky plus ou moins prononcé et un mascara abondant : ce look reprend les codes du « glamour soviétique » en les modernisant.
Les marques de cosmétiques russes spécialisées dans les yeux — Vivienne Sabó, Influence Beauty, TF Cosmetics — ont développé des gammes spécifiquement formulées pour les yeux clairs : pigments plus translucides qui ne verdissent pas les yeux bleus, mascaras noirs intenses qui contrastent sans alourdir, eye-liners à tenue longue résistants au froid extrême des hivers russes. Ces formulations techniques, peu connues hors de Russie, répondent à des besoins esthétiques spécifiques aux yeux slaves.
Les sourcils méritent une mention particulière dans le maquillage russe. Contrairement à la tendance française de l'épilation fine qui a dominé les années 2000-2010, les femmes russes n'ont jamais totalement abandonné le sourcil naturel fourni. La tendance du « sourcil droit slave » — sourcil horizontal, peu arqué, légèrement épaissi à la racine et défini à la queue — est revenue en force depuis 2018 et reste dominante en 2026. Ce sourcil particulier, qui contraste avec le sourcil arqué des canons de beauté hollywoodiens, contribue à l'expression sérieuse et directe du regard slave.
Rituels de beauté slaves pour les yeux (recettes de babouchka)
La culture russe de la beauté naturelle est indissociable de la tradition des remèdes de babouchka — la grand-mère slave dépositaire des savoirs botaniques et domestiques transmis de génération en génération. Pour les yeux, ce répertoire de soins naturels est particulièrement riche, fruit de siècles d'observation empirique dans un pays où les ressources naturelles abondent et où les pharmacies étaient rares avant le XXe siècle.
Le premier remède incontournable est l'eau de bleuet (vassilok). Le bleuet des champs (Centaurea cyanus), fleur symbole des prairies russes, est macéré dans de l'eau bouillie refroidie pour produire une lotion légèrement teintée aux propriétés astringentes et décongestionnantes. Appliquée en compresses fraîches sur les paupières fermées pendant 10 à 15 minutes, cette eau de bleuet réduit les poches et les gonflements matinaux, éclaircit le blanc de l'œil et apaise les irritations dues au froid ou au vent sibérien. Cette pratique, attestée dans les recueils médicaux populaires russes dès le XVIIIe siècle, est encore recommandée par les mamans et grands-mères russes contemporaines.
Le concombre frais est un classique universel que la culture russe a particulièrement intégré dans ses rituels quotidiens. Coupé en rondelles épaisses directement sur l'œil fermé, il réduit les poches par effet de fraîcheur et de légère astringence. En Russie, on y ajoute parfois quelques gouttes de jus de citron pour un effet éclaircissant plus prononcé, ou on place les rondelles au congélateur 5 minutes avant usage pour un effet décongestionnant immédiat.
La camomille russe (romachka) est une autre plante incontournable des soins oculaires traditionnels. Infusion légère appliquée en compresses tièdes, elle soulage les irritations, les conjonctivites légères et les yeux rouges dus à la fatigue ou au froid. La camomille est si profondément ancrée dans la pharmacopée populaire russe que les pharmacies soviétiques vendaient des sachets de camomille séchée conditionnés spécialement pour les compresses oculaires — une tradition que les Russes ont maintenue bien après la disparition de l'URSS.
L'huile de castor (kastorove maslo) occupe une place particulière dans les soins des cils. Appliquée chaque soir sur les cils avec un coton-tige ou le petit pinceau récupéré d'un mascara épuisé, elle est censée renforcer les cils, les épaissir et stimuler leur croissance. Cette pratique, popularisée dans la Russie des années 1970 quand les cosmétiques de qualité étaient rares, connaît un regain d'intérêt depuis 2015 sous l'influence des blogs beauté russes et des « beautistas » de VKontakte et d'Instagram.
Ces pratiques s'inscrivent dans une culture slave plus large du soin du corps par les plantes et les éléments naturels. Pour découvrir comment les rituels de beauté slaves et les soins au banya s'étendent bien au-delà des seuls soins oculaires, ce site consacré aux bains russes offre un panorama complet de la tradition du soin par la chaleur et les huiles essentielles.
Le thé noir en compresses est le dernier remède classique, apprécié pour les cernes et les poches persistantes. Deux sachets de thé noir infusés puis refroidis, placés sur les yeux fermés pendant 15 à 20 minutes, sont censés réduire les poches grâce aux tanins du thé et à l'effet légèrement vasoconstricteur de la caféine. Ce remède, recommandé dans de nombreuses cultures, est particulièrement populaire en Russie où le thé noir reste la boisson nationale et la samovar un symbole de convivialité.
Icônes russes au regard légendaire (Natalia Vodianova, Sasha Pivovarova...)
L'histoire du top model international est jalonnée de regards slaves qui ont marqué les esprits et les objectifs des plus grands photographes de mode. Ces femmes, dont la beauté a été projetée sur les couvertures des magazines les plus influents du monde, incarnent chacune à leur façon la diversité et la profondeur du regard russe.
Natalia Vodianova est sans doute la figure la plus connue à l'échelle internationale. Née à Nijni-Novgorod en 1982 dans une famille modeste, elle a rejoint Paris à 17 ans avant de conquérir New York et les défilés les plus courus. Ses yeux bleu-gris, légèrement en amande, à la paupière supérieure généreuse, sont devenus une référence absolue du regard slave dans le monde de la mode. La photographe Annie Leibovitz a souvent évoqué la capacité de Vodianova à « remplir l'objectif de son regard » — une aptitude liée autant à ses traits qu'à sa présence photographique exceptionnelle. Sa fondation Naked Heart lui a valu une reconnaissance internationale qui dépasse largement le monde de la mode.
Sasha Pivovarova, née à Moscou en 1985, est un autre regard légendaire. Ses yeux verts aux reflets noisette, au blanc exceptionnellement clair, ont été révélés par Alexander McQueen qui en a fait la protagoniste de campagnes mémorables. La particularité de son regard tient à la forme très prononcée de l'amande — fissure palpébrale légèrement plus longue que la moyenne, canthus externe délicatement relevé — et à une intensité fixe qui donne à ses photos un caractère presque mystique. Pivovarova est également aquarelliste et illustratrice : ses autoportraits, dans lesquels elle met en scène ses propres yeux, constituent une exploration artistique fascinante du regard slave auto-représenté.
Natasha Poly, née à Perm en 1985, incarne une troisième expression du regard russe : des yeux bleus larges, légèrement écartés, à la paupière inférieure charnue, qui donnent une expression ouverte et lumineuse contrastant avec l'intensité plus sombre de Pivovarova. Son regard, souvent qualifié de « généreux » par les directeurs artistiques, a fait d'elle l'une des chouchoutes de Dolce & Gabbana et de Versace dans les années 2010.
Ces trois femmes représentent trois expressions du regard slave, toutes authentiques, toutes différentes. Vodianova, l'intensité mélancolique des steppes ; Pivovarova, la profondeur mystique des icônes orthodoxes ; Poly, la lumière généreuse du printemps russe. Elles illustrent que le « regard russe » n'est pas une formule figée mais un spectre d'expressions qui partagent quelques traits morphologiques et une certaine qualité de présence.
Dans la culture populaire russe, d'autres regards féminins ont marqué les générations : l'actrice soviétique Lioubov Orla, dont les grands yeux sombres illuminaient les comédies musicales des années 1930 ; Alla Pougatcheva, dont le regard expressif a accompagné quatre décennies de pop soviétique et russe ; les sopranos du Bolchoï, dont les yeux maquillés selon les codes du maquillage de scène classique participent à la magie du spectacle. La beauté des femmes slaves se lit ainsi autant dans les archives photographiques des grands magazines que dans les portraits peints des musées russes.
Il serait injuste de limiter les icônes du regard russe aux seuls mannequins et actrices. Les athlètes russes ont également contribué à populariser la beauté du regard slave : Maria Sharapova, dont les yeux verts perçants accompagnent un calme concentré sur les courts de tennis, ou Alina Kabaeva, la gymnaste rythmique aux yeux en amande qui l'ont rendue célèbre bien au-delà des frontières de la Russie. Dans tous ces cas, c'est moins la beauté objective des yeux que leur manière d'être habités, d'exprimer une détermination ou une sensibilité, qui frappe les observateurs.
Soins naturels : du concombre aux remèdes traditionnels
Au-delà des remèdes de babouchka déjà évoqués, la culture slave de la beauté naturelle pour les yeux s'inscrit dans une philosophie plus large du soin par la nature qui mérite une exploration approfondie. Les femmes russes contemporaines combinent volontiers les recettes traditionnelles avec les avancées de la cosmétologie moderne, sans percevoir de contradiction entre les deux.
Le miel de tilleul (lipovy myod) est un ingrédient de la pharmacopée slave aux propriétés hydratantes et anti-inflammatoires reconnues. Dilué dans de l'eau distillée (quelques gouttes dans un verre d'eau tiède), il est utilisé en compresses pour les yeux fatigués ou irrités, notamment en hiver quand le chauffage extrêmement fort des appartements russes dessèche les muqueuses oculaires. Le miel de tilleul est préféré aux autres variétés pour sa douceur et ses propriétés antimicrobiennes légères.
L'eau de rose, importée d'Orient via les routes commerciales médiévales de la Russie mais rapidement adoptée dans la pharmacopée populaire slave, est un autre soin oculaire traditionnel. Appliquée en compresses froides, elle soulage les irritations et le rougissement, et confère un éclat subtil au blanc de l'œil. Les distilleries de roses qui existaient dans les jardins des grands domaines nobles russes du XVIIIe et du XIXe siècle produisaient des eaux de rose destinées autant à la cuisine qu'aux soins de beauté.
Le jus de pomme de terre cru est un remède moins poétique mais très efficace contre les cernes, selon la tradition populaire russe. La pomme de terre (kartofel) est l'aliment central de la cuisine russe depuis le XVIIIe siècle, et ses propriétés astringentes et blanchissantes ont été exploitées bien au-delà de la cuisine. Une pomme de terre crue râpée ou coupée en rondelles appliquée sous les yeux réduit visiblement les cernes foncés par effet astringent et réduisant légèrement la circulation sous-cutanée.
L'huile d'argousier (oblepikhovoe maslo), produite à partir des baies de l'argousier commun (Hippophae rhamnoides) qui pousse abondamment en Sibérie et dans l'Altaï, est un soin anti-âge traditionnel slave d'une efficacité reconnue même par la cosmétologie moderne. Riche en vitamines C, E et en caroténoïdes, elle est utilisée diluée dans une huile neutre (abricot, amande douce) pour masser délicatement le contour de l'œil. Les femmes russes de la génération baby-boom l'ont utilisée comme crème anti-rides avant même que les cosmétiques occidentaux ne découvrent ses vertus.
Ces soins naturels pour les femmes russes portant des prénoms aux sonorités évocatrices — Natacha à l'eau de bleuet, Anastassia au miel de tilleul — s'inscrivent dans une tradition vivante que les jeunes générations russes réinventent sur YouTube et les réseaux sociaux, créant un pont entre le savoir-faire de babouchka et les codes de la beauté contemporaine.
Sur le plan de la cosmétologie moderne, les femmes russes accordent une attention particulière au contour des yeux dès un âge relativement jeune — souvent dès 25 à 30 ans, contre 35 à 40 en France. Cette précocité des soins anti-âge est liée aux conditions climatiques : les hivers russes, avec leurs températures extrêmes, leur sécheresse de l'air intérieur et leur manque de luminosité naturelle, accélèrent le vieillissement cutané, notamment dans la zone fragile du contour de l'œil. Les Russes ont intégré cette réalité dans leur culture du soin, privilégiant la prévention à la correction.
Questions fréquentes
De quelle couleur sont les yeux des femmes russes ?
Les études de pigmentation montrent que les yeux clairs dominent dans les populations slaves du nord et du centre : bleu-gris ou gris (environ 40-50 %), vert ou vert-noisette (20-25 %), brun clair ou noisette (15-20 %), brun foncé (10-15 %). Cette prévalence des yeux clairs est plus marquée dans les régions du nord (Russie du Nord-Ouest, Sibérie occidentale) et diminue vers le sud (Caucase) et l'est (Sibérie orientale) où les yeux sombres sont plus fréquents. La couleur des yeux la plus « iconique » dans l'imaginaire de la femme russe reste le bleu-gris intense ou le vert-gris, souvent associé aux pommettes hautes et au teint clair.
Pourquoi le regard des femmes russes est-il considéré comme intense ?
L'intensité du regard slave résulte d'une combinaison de facteurs morphologiques et culturels. Morphologiquement : les yeux clairs (bleu-gris, vert) contrastent fortement avec les pommettes saillantes et les sourcils souvent foncés, créant un jeu de contraste saisissant. La forme légèrement en amande avec un épicanthus discret donne une profondeur visuelle particulière. Culturellement : en Russie, le contact visuel direct est plus prolongé que dans les cultures occidentales, ce qui renforce l'impression d'intensité. Les Russes maintiennent généralement un contact oculaire ferme lors des conversations, signe de sincérité et non d'agressivité.
Comment les femmes russes se maquillent-elles les yeux ?
Le maquillage des yeux à la russe se caractérise par deux tendances majeures : le look « naturel slave » (yeux dorés au mascara, sourcils dessinés mais naturels, lèvres nues) et le look « soirée dramatique » (eye-liner noir épais, ombre à paupières sombre, effet smoky). Les marques de maquillage russes les plus populaires — Vivienne Sabó (spécialiste mascara) et Influence Beauty — ont développé des formules adaptées aux yeux clairs. L'eye-liner russe est souvent plus appuyé qu'en France : les femmes russes n'hésitent pas à souligner fortement l'œil pour les occasions formelles.
Les yeux en amande sont-ils typiquement slaves ?
L'œil en amande légèrement incliné (avec un léger canthus externe surélevé) est effectivement plus fréquent dans les populations slaves orientales que dans les populations d'Europe occidentale, mais moins marqué que dans les populations est-asiatiques. Ce trait viendrait partiellement de l'héritage des contacts historiques avec les peuples finno-ougriens et turco-mongols aux frontières orientales des terres slaves. Il contribue à l'expression particulière du regard slave — à la fois « occidental » et légèrement exotique selon les canons de beauté français.
Quels soins naturels les femmes russes utilisent-elles pour les yeux ?
Les remèdes traditionnels slaves pour les yeux comprennent : l'eau de bleuet (vassilok) en compresses pour réduire les poches et éclaircir le blanc de l'œil, les rondelles de concombre frais pour les cernes, l'eau de camomille pour les irritations, l'huile de castor pour renforcer les cils (appliquée le soir avec un coton), et le thé noir en compresses chaudes. Ces remèdes de babouchka sont encore très utilisés dans la Russie contemporaine, en complément des soins cosmétiques modernes.